11.01.2012

L'artiste et le scientifique

En lisant le livre de V.Edin et S.Hammouche sur la discrimnation, je me suis posé un certain nombre de questions. Connaissant bien Vincent, je me suis notamment demandé comment ce dernier, issu d'un milieu aisé, pouvait parler d'un sujet qui le concernait si peu ?



Et je me suis dit qu'il avait en fait plusieurs bonnes raisons de le faire :

- d'abord, il fréquente depuis un certain temps les établissements de personnes âgées d'aide aux handicapés, léger/lourds, physique/mentaux, les épiceries solidaires etc...ce qui lui donne une vraie connaissance de ces populations discriminées et des structures destinées à les prendre en charge


- ensuite, il a vu lui-même la discrimnation et ses modes d'opération au travers de son frère, enfant adopté colombien, qu'il a vu grandir de façon très différente de lui ou de sa soeur, bien qu'ayant la même éducation. Une occasion donc de constater de près la discrimination engendrée par les différences de couleur de peau.


- enfin, et c'est ce 3ème point qui justifie le titre de ce billet, j'ai le sentiment qu'une étude scientifique ne peut être réalisée justement qu'en ayant un point de vue extérieur à l'objet de son étude. Comment décrire un objet qui nous entoure ? Les astronautes de la station MIR vont réaliser des mesures, noter leur ressenti, leurs expériences, effectuer des opérations de maintenance...mais l'analyse est faite à Terre, par les ingénieurs hors de la station. Idem pour le sociologue, qui ne peut décrire un groupe qu'en prenant du recul vis-à-vis de ce dernier (un collègue du labo m'a récemment rapporté que c'est justement ce qu'on reprochait à Levi-Strauss, d'être aller trop au contact des tribus/groupes qu'il étudiait).



J'ai le sentiment que la personne qui décrit l'environnement qu'elle habite, de l'intérieur, est l'artiste. Sa description n'est pas réutilisable, difficilement transposable, toujours très intérieure, car créée dans le prisme de sa personnalité, de sa personne. A l'inverse, et c'est là que le scientifique se situe, l'analyse externe permet la description détachée, indépendante, généralisable, mais froide et sans personnalité. Et lorsque l'étude se situe à l'interface de ces deux milieux, interne et externe ? C'est peut-être là que le sage est assis, ou,comme le disait Nietzsche, "le Socrate musicien".




Eurêka ! ou le plaisir de la découverte

D'où vient le plaisir physique de la découverte ? Comment le cerveau peut-il nous récompenser pour une idée neuve et vraie ? Était-il déjà au courant ? Avant nous ? Mais qui dirige qui alors ? Est-ce nous qui utilisons la puissance de calcul de notre cerveau pour mener des réflexions, où bien ce dernier connait déjà tout, et nous récompense lorsque nous découvrons, en fait "retrouvons", une connaissance (théorie de l'anamnèse chez Socrate - cf. dialogue du Ménon chez Platon) ?




13.11.2011

La financiarisation de la politique envoie le PS dans le mur

Comme on en parle de plus en plus, et telle qu'elle était détaillée dans la "Rumeur du Monde" de JC Casanova sur France Culture samedi midi, la financiarisation de la politique devient de plus en plus préoccupante. On le rappelle dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/11/13/jouyet-...), les marchés ont obtenu ce week-end leur 3ème démission : en novembre 2010, le 1er ministre B.Cowen, ce mercredi 9/11, G.Papandréou en Grèce, et aujourd'hui, S.Berlusconi en Italie



A moins qu'une alternative ne se développe pour sortir de l'emprise des agences de notation, ces dernières auront certainement un effet du même ordre en mai prochain. Le PS fait déjà peur au marchés, bien qu'ayant largement dilué son discours (cf. l'article de ce mois de S.Halimi dans le Monde Diplo). Soit Hollande fait encore plus de concessions à l'économie libérale, et il perdra son électorat de gauche, qui se retournera vers Joly / Mélenchon pour ceux qui veulent plus de gauche, ou vers l'UMP (Chevènement ?) pour ceux qui estiment qu'ils ont finalement le même programme. Hollande passera pour un traître.


Ou bien il décide de revenir à gauche, auquel cas il conservera son électorat mais inquiétera les autres, qui se rabattront sur l'UMP. L'argument du "Si le PS passe en mai, la France perd son triple A" sera brandi et fonctionnera. Et la remise "à l'étude" de la note française par S&P s'inscrit exactement dans cette optique : elle l'anticipe. Il est clair que la perte du AAA entraînerait une augmentation importante du coût de la dette mais également des dépenses courantes. Le programme PS deviendrait complètement inapplicable.



Les forces de gauche doivent aujourd'hui réussir à se réapproprier le discours, à sortir du joug des marchés. Leur seule solution est d'adopter un discours résolument européen et unificateur, car seule l'Europe est aujourd'hui crédible face aux marchés. Le problème c'est que l'Europe justement est un l'un des grands facteurs de division du PS (les cicatrices du TCE y sont encore sensibles aujourd'hui). Hollande aura-t-il le charisme et l'énergie nécessaire pour rassembler son parti derrière cette idée ? Espérons-le, mais, je l'avoue, j'en doute.